Climat, justice, égalité, emploi, bonheur. La croissance d’abord ?


Chez ces dirigeants qui courent après une « croissance » qui ne revient jamais. C’est le meilleur pre�?texte, le plus formidable, pour repousser à toujours plus tard les re�?formes progressistes. Comme si les révolutionnaires de 1793, ou nos papys du Front populaire avaient l’œil braqué sur les indices de productivité..
Il y a à la fois quelque chose de pathe�?tique et de comique dans ces discours qui se re�?pètent, depuis bientôt quarante ans, presque à l’identique. Chez ces dirigeants qui courent après une « croissance »qui ne revient jamais. Qui guettent le ciel financier comme des me�?te�?orologues, dans l’espoir d’un coin de ciel bleu. Qui ouvrent les entrailles de la relance comme des pythies. Qui re�?clament de nous une « attitude », un « comportement », un « e�?tat d’esprit » — comme si c’e�?tait nous qui l’effrayions, cet e�?trange oiseau, avec notre psychologie trop ne�?gative.
Comique, donc, par la re�?pe�?tition du même gag. Mais pathe�?tique, aussi, parce que c’est l’un des biais qui rend la politique de�?risoire depuis tant d’anne�?es. Nous ne pourrions rien faire, ou si peu — du symbolique ; nos pre�?sidents et ministres ne pourraient rien changer, sans, d’abord, cette croissance. C’est le meilleur pre�?texte, le plus formidable, pour repousser à toujours plus tard les re�?formes progressistes. Et c’est reparti de plus belle ! Avec François Hollande, bien sûr, qui croit sortir l’Europe de la re�?cession en implorant la croissance du soir au matin (toujours assorti de « dans la maîtrise des de�?penses publiques », etc.). Mais qu’on tombe, par hasard, sur une e�?dition du supple�?ment e�?conomique du « Monde » et qu’y lit-on ? En une, la tête de Nicolas Baverez, avec pour titre : « Un agenda pour la croissance en Europe ». Plus loin, une opinion de Pierre Jacquet, de l’Agence française du de�?veloppement : « La diversification des exportations, moteur de la croissance africaine ». On continue à feuilleter, la chronique habituelle de Martin Wolf s’intitule :« L’Europe doit agir vite pour renouer avec la croissance. »
Contre ces mille bouches, qu’on remette la politique avant l’e�?conomie. Qu’on redonne à la de�?mocratie sa pre�?e�?minence. Nous n’attendrons pas la croissance pour imposer une ve�?ritable e�?galite�?, pour de�?marrer la transition e�?cologique. Ces choix communs, nous ne les conditionnons pas, nous ne les mettons pas à la remorque d’une hausse ou non du Produit inte�?rieur brut. Croyez-vous qu’ils avaient l’œil rive�? sur la productivite�?, lorsqu’ils bouleversaient la France, les re�?volutionnaires de 1793, ou nos papys du Front populaire ? Et les syndicats eux-mêmes, jusqu’aux anne�?es 70, ne se laissaient pas
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