Devenir citoyen en humanité
Pourquoi un état de “crise permanent“ ?

La crise est ce mot qui signifie accident passager qui perturbe un état antérieur favorable, mais doit se terminer par le retour de cet état favorable. Il y a plus de 35 ans, l’économiste Jean Fourastié (1), expliquait déjà que la crise serait longue. Commencé en 1973, après plus de 28 ans de croissance (5%) des «Trente glorieuses» terme inventé par lui-même, la croissance de 1973 à 1981 avait été de 2,75%, ce qui ferait quand même, pâlir d’envie les politiciens d’aujourd’hui, mais avec une énorme montée du chômage. Antonio Gramsci (2) définissait la crise comme le fait que l'ancien meurt et que le nouveau ne peut pas naître : pendant cet interrègne on observe les phénomènes morbides les plus variés » ( Cahiers de prison Éd Gallimard) ll faut bien avouer, que comme le vieux Juif parisien qui attendit, à la gare de l’Est à chaque shabbat la venue du Fils de dieu, tout comme lui, plongé dans la “ crise “ nous attendons la venue de la croissance.

Les candidats l’attendent, leurs campagnes la prédissent, les élus la voient venir, nous sommes tous suspendus depuis 41 ans à sa venue. Avec elle s’est sûre ; le chômage chutera, le commerce extérieur et les budgets retrouveront l’équilibre, l’arrêt de l’endettement se profilera, nous serons tous plus heureux, n'en doutons pas, en un mot ce sera la sortie du «tunnel» comme le disait déjà Raymond Barre en 1977. Hors aujourd’hui, nous qui vivons les temps présents depuis 1973, nous savons tous, qu’elle n’est pas venue.(sauf 1997-2000 moyenne : 2,72%).
Redisons clairement les choses : 1° La cause profonde de la cassure de 1973 a été la montée de l’industrialisation du tiers monde et “l’homogénéisation “du monde. En effet les montées des indépendances arabes, africaines et des oligarchies pétrolières ont raboté sérieusement les marges du capitalisme des nations européennes. Tout en renforçant considérablement les groupes privés devenus des multinationales qui avec la finance mondiale commandent les Etats. 2° Les trente glorieuses ne pouvaient raisonnablement durer. En effet le niveau de vie d’un pays ne peut régulièrement doubler tous les 15 ans. La production industrielle d’une nation ne peut croître indéfiniment de 6% par an. Tout simplement parce que doubler chaque 10 ans, c’est multiplier par 1000 en 100 ans et cela est physiquement impossible.

C’est donc bien les “trente glorieuses» qui ont constitué une séquence exceptionnelle et non le contraire. Ce que l’ont, nous fait appeler “crise“ est la situation normale. La crise permet de plonger et de maintenir les corps et les esprits des classes populaires et moyennes dans un état de fébrilité, de précarité, de peur constante. La crise permet d’enrichir comme jamais dans notre histoire humaine, une petite caste (quelques centaines de personnes) , leurs valets,(quelques milliers) leurs inféodés (quelques centaines de milles). Ne reste que, 7,197 milliards d’humains qui crient justice, excusez du peu. La croissance, n’est qu’un nouveau concept, calqué habilement (comme le “développement)“ et métaphoriquement sur l’évolution de la naissance à la mort de l’être humain. C’est vouloir faire passer le développement et la croissance exponentielle, des activités humaines comme un état de nature, identique à celui de notre statut et notre condition d’humain. Ainsi défini, la crise serait la vigipiratisation de la société, la croissance un nouveau messianisme, inventé par le capitalisme pour maintenir éveillé l’horizon des espérances et des désirs humains. La démocratie, un très beau trompe l'oeil, en perspective, rappellant ce qu'écrivait déjà Aristote, dans sa Rhétorique.

Ce climat et ces ambiances psychiques de masse (Le Bon /Bernays) qui se prolongent et s'amplifient, le mensonge, la traîtrise des partis politiques, l'impuissance des corps intermédiaires et les attentes et espoirs successifs, dépriment, épuisent les individus, immobilisent le corps social et empêchent les peuples de conscientiser leurs forces, et de se grouper en collectif pour mieux maîtriser et construire leurs destins. C’est bien les conditions, d’une autonomisation des citoyens, de leurs groupements, de leurs collectifs dans les territoires de travail et d’habitats, qu’il faut penser et élaborer. Malgré l’état de précarité, d’angoisse et de peur, dans lesquelles nous sommes baignés, c'est, donc bien dans ; l’écume des initiatives, des vagues d’intelligences entrepreunariales des habitants, des citoyens et de leurs grandes solidarité et fraternité que doivent déferler les sentiers et chemins d’une véritable humanité citoyenne.
Nous devons trouver notre humanitude
Le bilan du XX siècle, nous oblige à réviser notre catéchisme humaniste et républicain. En effet les préceptes des Lumières, les théories positivistes, les sciences du “progrès“, l'éducation, l'instruction, la formation n'ont absolument pas été une garantie de la condition de notre humanité.
La source de notre devenir n'est plus là. Elle se trouve dans la réponse que nous devons trouver à la question : Qu'est ce qu'être humain ? Notre simple et incontestable appartenance, pour tous, à la race humaine ne nous garantit pas notre humanité. On ne naît pas citoyen on le devient ....en combattant. Si comme il y a plus de 225 ans, le mot qui porte le mieux le sens de la liberté d’expression, de l’égalité de traitement, de la justice pour l’écrasante majorité se nomme CITOYEN il doit être impérativement couplé à celui d'humanité, qui ne peut lui être dissocié, sinon les barbaries économiques et sociales, continueront sans fin.
(1) Jean Fourastié (1907 -1990 ) est un économiste français. Le Grand Espoir du XX° Siècle, PUF 1949 ; Machinisme et Bien Etre, Ed Minuit 1951 ; Les 40 000 heures, 1965) (2)Antonio Gramsci, théoricien marxiste, fondateur du Parti Communiste Italien

