Graftech : retour en Tarentaise

Dans la semaine, j'ai suivi dans la presse locale, le feuilleton du devenir de l'usine GRAFTECH. Les travailleurs suspendus à la réception de leur chéque pour ne pas avoir participé au blocage. Des syndicalistes menacés de sanction. Des discussions prévues avec la Direction le jeudi... et l'employeur qui fait faux bond... encore une fois. Qui se défile.
Fidèle à son caractère fuyant. Obéissant aux ordres de dirigeants éloignés n'ayant aucune considération pour la vie des travailleurs. Ne pensant qu'à leur argent.
Mais l'échec aussi, pour cet employeur retors, ne pouvant pas faire évacuer les machines,devant la mobilisation persistante et déterminée des citoyens.

Maintenant, des tentes sont dressées. Un feu réchauffe les veilleurs. Des tables, des appareils électriques reliés à un générateur sont en place pour tenir le siège.
A côté Plus belle la ville, le feuilleton à la télé, paraît bien fade. Ici, dans le modeste village de LA LECHERE, en bordure de la zone industrielle, des acteurs anonymes écrivent une histoire. Elle est vraie. Elle est joyeuse. Vivante. Dramatique aussi.
Elle raconte l'avenir d'une vallée. Des travailleurs qui résistent. Agressés dans leur vie. Des citoyens qui persistent à maintenir leur industrie, contre des logiques financières sans frontière. Pour ne pas perdre leurs machines, payées avec la sueur et la santé d'ouvriers.
Payées avec nos impôts et les subventions accordées. Pour que le travail existe encore, demain. Pour eux. Pour leurs enfants.
Si le mot solidarité ne vous fait pas peur. Allez les voir. Si le mot fraternité a encore du sens, dans notre république. Allezy!!!
Leurs sourires ne sont pas spontanés, sur des visages graves, méfiants devant l'étranger.
Dame! C'est qu'ils en voient du monde, en ce moment. Des gens qui les poursuivent. Veulent leur dresser des procès. Et d'autres qui les rassurent. Les encouragent sincèrement. Leur mémoire les trahit parfois. Ditesleur que vous venez pour les soutenir. Leurs visages se transformeront. Et vous aussi
vous changerez... Vous parlerez avec des gars, des femmes que vous ne connaissiez pas avant ce momentlà. Vous lirez dans leurs yeux les joies et les peines de vivre, dans ce morceau de territoire, façonné par la nature. La rudesse de ces montagnes qui se font face. Se défient, dans ce passage étroit, séparées par une rivière grise et grosse et sale des pluies de la nuit.
Dans ce morceau de territoire faconné par les hommes aussi. Pour exploiter la force hydraulique. Pour construire des usines. Pour produire. Pour que leurs mains servent encore, comme l'a chanté Bernard LAVILLIERS, comme l'a écrit ETIEVENT.
Je les ai quitté après avoir trinqué avec le syndicaliste et le maire du village. Pas du même bord. Mais pourtant ensemble dans la lutte, pour faire vivre le pays. Pour empêcher les feux des usines de s'éteindre. Pour que l'éclairage brûle dans les maisons. Pour que la vie ne s'éteigne pas. Pour que la mort ne s'installe pas.
A l'image des croix bordant la route, face à la fabrique, que les travailleurs ont dressés. Faisons en sorte que cette représentation symbolique ne devienne pas la réalité de demain.
Je leur ai promis de revenir. Même si j'habite loin. Avant qu'il ne soit trop tard.Vous aussi, que vous soyez loin ou près, allezy!!!
