La ville à l’image du camp

Au début, cela a commencé d’une façon anodine: ils ont d’abord supprimé les bancs, ont muré les maisons et les immeubles inoccupés, grillagé les espaces abrités sur la voirie. Pour notre tranquillité. Un jour, ils ont érigé des poteaux avec une caméra, par ci, une caméra, par là, où le vautour oeil suivait nos moindres pas. Pour nous rassurer, ils nous ont dit que personne ne regarderait l’écran. Pour notre sérénité. Puis, comme un virus, les caméras se sont multipliés, surtout dans certains quartiers. Leurs écrans bleues, et les images mouvements, étaient si nombreuses, que l’ont dû faire construire une centrale d’observation. Des agents furent recrutés pour vérifier, si les citoyens se mouvaient bien comme il faut. Pour notre équanimité. A coup de millions d’euros, il n’y eu plus de répit. Pour notre ataraxie, on arma la police muni de révolver, pas si pâle que ça, et les agents passablement agités, réclamèrent de la compagnie. On les dota de chien, aboyeur, renifleur, et mangeur de mollets. Pour notre harmonie.
Pour nous ajuster, des panneaux lumineux diurnes et en noctures, nous suggéraient que le «bonheur à Chambéry ça se partage “. Pour notre fraternité. Puis ils sélectionnèrent, brandissant 200€, des habitants, souri -ant, pour dire le vivre ensemble en 2030, dans la grand Fabrique du Territoire. Les citoyens, eux, avec patience, s’étaient engourdie, et somnolaient imperturbablement, avec calme et détachement, dans ce qui ressemblait bien à une léthargie. Avec assurance, un repos de quiétude et d’ordre, s’installaient calmement pour les édiles et leurs obligés, qui vivaient enfin une doucereuse harmonie. Dans le silence ; de la ville, ils avaient dessiné, peu à peu, UN CAMP. Pour notre sécurité.

