Liberté d’expression; la mal nommée

En septembre 1968, Michel de Certeau, indiquait que les étudiants, les employés et les ouvriers, avaient pris la parole comme ceux de 1789 avaient pris la Bastille. On sait, aujourd’hui, avec quelles complicités, certains enfants «terribles» de 68 ont pu accompagner l’érotisation marchande jusqu’à rendre le marché pornographe. Cette liberté d’expression, cette Iségoria libidineuse, est un des moteurs psychique du système capitaliste. Mais qu’en est-il des paroles du peuple et de sa vérité, (Parrêsia ) ? Qu’en est-il des paroles citoyennes, je veux dire politique, en dehors de celles de leurs représentants et du cirque médiatique ? En dehors des expressions des habitants, des usagers, des consommateurs, des clients, je parle ici d’une parole brute qui fonde la cité, une parole qui dit depuis toujours, d’une façon intuitive et modeste, qu’elle ne veut pas être gouverné, comme cela, pas pour ça, pas par eux, pas pour eux. Comme le disait Michel Foucault en 1978, qui serait comme un art de ne pas être gouverné, «ne pas être tellement gouverné» pour être précis .Cette parole- là, a toujours été combattue et censurée, par nous même d’abord (contrôle social), il faut bien réussir sa vie, et par les pouvoirs (politiques, économiques et médiatiques) qui l’a redoute par dessous tout, car, elle a la force tellurique des volcans. Cette parole n’a pas de réponses à faire aux questions posées devant le micro ou la caméra. Elle a des choses à dire et surtout des nouveaux rapports sociaux, culturels et économiques à construire : Nouvelle humanité. Cependant, on ne peut qu’être frappé par d’un côté la multiplicité des initiatives et expressions citoyennes qui ne cessent d’une part de dépenser leurs énergies dans des prés carrés autorisés, et d’autre part le déploiement vociféré des voix dans un désert savamment aménagé par des algorythmes opportuns qui canalisent à merveille une impuissance programmée. Et de l’autre côté, on ne peut qu’assister, spectateur interactivé, à la représentation d’un automatisme mentale, économique, sociale, culturel qui s’abat sans faille et contraint, avec consentement, la multitude, dans une voie bien tracée par des puissances dominantes et impériales, qui lui impose, comme toujours, son joug. Mais les voix du peuple d’aujourd’hui, comme les paroles ouvrières de 1848, n’ont que faire des sempiternels projets d’associations.Des éternels ilots et d'archipels d'utopie, qui si elles sont bien, la chaleur d'un monde sans coeur, n'en restent pas moins les belles illusions du projet petit bourgeois...où le propriétaire n'est jamais très loin.Les leçons de l’histoire sont passés, pour dire combien, ces «libertés d’expression» si elles flattent et satisfont surtout les égos,et les communautés, ne peuvent que traduire la stérilité d’une souveraineté toujours perdue. Ce n’est que par une pensée politique, doctrine construite par et pour le plus grande nombre, qu’une autorité souveraine, pourra imposer ces potentiels et ces capacités. Mais l’oligarchie politique, économique, les banques, et leur médias,veillent et de tout temps, n’en ont jamais voulu. Prendre la mesure de cette puissance à construire, c’est donner un réel espoir. Economiser nos énergies et canaliser ce souffle, devrait être notre tâche, notre liberté d'expression, notre liberté d'entreprendre. Prendre date que cette possibilité n’existera que si elle est organisée politiquement en un parti qui pilote et commande, c’est arrêter de se mentir et d’envisager, alors peut-être, de prendre, un jour, les marches du palais.
«Comme si je vous disais qu´il faudrait alors en parler à vos amis Comme si je vous disais que les amis de vos amis peuvent faire des millions d´amis» Le Conditionnel de variétés (en soutien à La Cause du Peuple) Léo Ferré

