Mort de Rémi Fraisse: le rapport accablant de la LDH

Nous portons à la connaissance de nos lecteurs le très instructif rapport de la Ligue des droits de l'homme, sur la mort de Rémi Fraisse il y a un an à Sivens.(25 octobre 2014) Rappelons que les gendarmes avaient donné trois versions différentes des faits sur les circonstances de la mort de Rémi Fraisse.
Travail d'enquête et de recueil de témoignages exemplaire, où les violences des deux côtés sont analysées selon le degré et leurs intensités, ce qui relativise le matraque médiatique habituel. Un historique du projet est aussi proposé. Nous vous invitons à télécharger le rapport
<< A cet égard, ce que met en évidence le rapport est accablant. S’il n’est pas contestable qu’un petit groupe d’individus avait décidé de profiter des manifestations pour s’en prendre aux forces de l’ordre, tel n’était pas le cas de l’immense majorité des manifestants. Et les forces de l’ordre n’ont jamais été réellement en danger, et encore moins en risque de perdre le contrôle de la situation. Qu’est-ce qui peut justifier, dans ces conditions, les violences, les insultes, les humiliations, la destruction de biens personnels, la complicité avec les milices locales constatées (parfois filmées) tout au long des événements et qui ne donneront jamais lieu à poursuites malgré les plaintes déposées ? Qu’est-ce qui peut justifier, la seule nuit de la mort de Rémi Fraisse, l’usage de 703 grenades de toutes sortes et le tir de 74 balles en caoutchouc, dont on sait qu’elles peuvent avoir un effet létal ? Rien, si ce n’est les ordres reçus et le sentiment d’impunité généré par l’attitude des responsables politiques. La suite de ces débordements d’Etat suit la même logique. Un homme est mort ? On tente d’abord de dissimuler, de nier parfois jusqu’à l‘évidence la réalité du drame ; et puis de justifier cette mort par la violence démesurée attribuée aux manifestants, victimes comprises. Pour un peu, et même si tous ne l’ont pas dit sous cette forme, elle n’aurait eu que ce qu’elle méritait. Du Premier ministre et ses rodomontades agressives à l’Assemblée nationale, au ministre de l’Intérieur qui n’a su qu’en début de matinée et n’a donné que des consignes d’apaisement, au préfet, qui s’aligne sur son ministre aux hommes de terrain qui démentent leur ministre, c’est une sorte de sauve-qui-peut, de déni obtus face à une mort subitement trop lourde à assumer… Cette fuite générale en dit long sur la valeur accordée à la vie brutalement interrompue de Rémi Fraisse. 48 heures après la mort de Rémi Fraisse, on attendait toujours un signe, ne serait-ce que de compassion, de la présidence de la République et du Premier ministre… Malgré le mutisme systématique des autorités publiques qui ont refusé tout contact avec notre commission d’enquête (comme si c’était déchoir que de dialoguer avec la société civile), ce rapport démonte la mécanique de camouflage destinée à exonérer les forces de l’ordre, comme les responsables politiques, de leur implication dans ce drame.>>

