Voyage en Tarentaise

Depuis quelques mois, article après article, le Dauphiné Libéré écrit sur le risque defermeture de l'entreprise GRAFTECH de NotreDame de BRIANCON. Une entreprise, dans un premier temps séparé de l'entité Carbone SAVOIE, quand UCAR, groupe américain rachète les parts à PECHINEY (1997). Le grand tri.
En 2002, UCAR devient GRAFTECH. Ce n'est plus une affaire industrielle, mais une affaire financière. Derrière la vitrine de production d'éléments en carbone, de gars besogneux en bleu de travail, suant devant les fours et risquant leur vie à tout moment, de nouveaux dirigeants ont pris les rênes de l'entreprise. Le pouvoir.
Des requins, prêt à tout pour satisfaire leur appétit financier. Gonflent artificiellement le prix de l'action pour attirer le gogo. Entente illicite pour gonfler les prix du marché... Trop gonflés, ils sont punis par l'Europe (50 millions €) et la justice américaine (110 millions $). Pas suffisant pour les faire plier. En bourse, au jeu du plus fort qui veut tout et mange tout, l'ouvrier et le technicien au fin fond de sa vallée savoyarde, ne pèsent pas lourd. La productivité grimpe. Les plans sociaux se multiplient. L'emploi n'a de valeur pour l'actionnaire que s'il rapporte de l'argent. Pas seulement par le produit fabriqué, mais aussi par les aides publiques obtenus (0,8 million€) et par les dégrèvements fiscaux (46 millions€ en 2013 au titre du CICE, cher à M.HOLLANDE... pour lutter contre le chômage). Dans le marché fiscal, ils font leur tri. J'ai répondu présent au vibrant appel du syndicat CGT pour soutenir l'emploi. Curieux aussi de voir l'attitude de nos élus. Ces défenseurs de l'emploi, qui exigent que les machines demeurent au pays. Eux qui votent les lois antisociales à PARIS. Les cadeaux fiscaux au patronat. Et s'étonnent quand le citron pressé ne rend plus de jus, que l'actionnaire le jette. Il n'était pas là M. GAYMARD, ni Dame LACLAIS. Monsieur était représenté par un chasseneige, barrant l'entrée du site. Madame par aucun objet...

Quelques représentants locaux, sans explication pour les salariés et les habitants présents, ceints de leur écharpe tricolore, s'en vont trottinant vers une porte infranchissable. Dialogue avec une boîte d'accueil. Pour parler appuyer ici. Un type qui crachouille dans l'appareil et va voir ce qu'il peut faire... L'attente. Et encore le tri : autorisation d'entrée pour les élus départementaux pour rencontrer l'employeur. Pas les autres. Une protestation féminine : on entre tous! vite étouffée par ses collègues... et le cerbère à l'entrée de la porte qui veille.
Dans l'usine, des travailleurs bossent. Des soustraitants. Des intérimaires. Et quelques gars encore salarié de GRAFTECH. Le tri a déjà commencé. Une première fournée licenciée.
Une seconde à venir. Dans quinze jours, un mois. Et ce sera fini. Les machines partiront ou ne partiront pas aujourd'hui. Mais demain ? Plus de machines. Plus d'homme pour conduire la machine. Plus de travail. Le repreneur de la société qui a proposé son plan de sauvetage, avec toutes les machines,attend. Il est sur une voie de garage. Ainsi en a décidé le trieur.
Tout le monde attend. La vallée. Les organisations syndicales et politiques qui ont fait le déplacement. Les habitants en solidarité. Inquiet pour l'avenir des jeunes... J'ai vu une poignée d'hommes et de femmes de FRALIB à GEMENOS, déterminés, avec le soutien d'élus, faire plier le groupe NESTLE... J'espère encore un sursaut ici... une nouvelle page d'histoire sociale. Un élan général, comme par le passé, pour vivre un autre avenir.
