François Hollande, respectez l’esprit de Carmaux

Si Jean Jaures est bien né à Castres en 1859, JAURES socialiste est né à Carmaux, lors de la grande grève des mineurs de 1892 à 1895. Mais Carmaux ne doit pas se confondre avec JAURES, qui était une sorte d’élu parachuté et qui s’est fait élire à plusieurs reprises comme député, mais toujours à quelques voix prés, et uniquement par le centre-ville, contre le Marquis de Solages. Le président Hollande vient, sur les terres carmausines, comme l’on faisait pélerinage sur les lieux des reliques, en espérant, qu’un peu de poussière, d’air, ou qu’une voix, lui apporte l’onction du saint local, et lui redore le blason. Rituel foncièrement humain, mais puéril et pitoyable en 2014, compte tenu de la direction de la politique Hollande /Valls. Carmaux vaut mieux que cela.

Car si Carmaux est, depuis plus de 40 ans, devenue une ville fantôme, malgré ces magnifiques cavalcades (sortes de défilés de chars à la St Privat) qui attiraient des dizaines de milliers de spectateurs, dans les années d’après guerre, si Carmaux à un Front national à 23%, (municipales 2014) l’esprit de combat et de résistance y était ancré, depuis des siècles.

Déjà au cours du XIII ème siècle, les paysans, qui habitaient près du Cérou, affluent de l’aveyron, avaient découvert du charbon sur leurs propriétés. Dans des tranchées qui pouvaient atteindre 20 mètres ils pouvaient extraire plusieurs centaines de kilos de charbon par jour. Ce qui attira bien évidemment la convoitise d’un aristocrate local qui prit le titre de Marquis et qui entreprit par tous les moyens de récupérer l’ensemble de la production de ces paysans, pour en constituer un monopole. Première résistance. Par arrêt du Conseil du Roi en 1702 les paysans/propriétaires furent lésés.

C’est en 1724 que par un mariage la Famille aristocratique d’origine aveyronnaise, Les Solages, s’implantèrent à Carmaux. Puis créerent La Compagnie de Carmaux et une verrerie (1752). Pendant la Révolution, malgrès que les Solages furent arrêté, et que les mines furent nationalisés, les ouvriers revendiquèrent des augmentations de revenu et les propriétaires réclamèrent le droit d’exploiter les filons. Après la Terreur, les Solages libérés, redirigèrent les mines, malgré la résistance des habitants.

C’est au milieu du XIX siècle, alors que les mineurs étaient encore des paysans qui travaillaient la terre, et venaient à pied de leur champ, pour une journée de 10 heures à la mine que les conditions devinrent de plus en plus inacceptables : la famine, les salaires toujours trop bas, les conditions épouvantables et l’augmentation de 8 heures à 10 heures de travail par jour, déclenchèrent une série de grèves entre 1857-1869. La compagnie comptait 2000 mineurs. Mais l’été de 1869, les événements et les actions se durcirent considérablement, devant le refus de la famille Solages de leur accorder un minimum de dignité. Arrestations, licenciements, emprisonnements répondirent aux blocages des puits et saccages des locaux par les mineurs.
Ce furent les premières grèves en France dans l’industrie du charbon Grève en 1883 et création du 1er syndicat des mineurs de Carmaux

En 1892 , un ajusteur aux atelier des mines Jean Baptiste Calvignac, leader politique du mouvement devint Maire socialiste de Carmaux, il est licencié par la Compagnie des mines suites aux absences dues à l’exercice de son mandat de maire.
L’été 1892, Emile Loubet président du Conseil envoya la troupe armé à Carmaux, et donna à la grève de Carmaux une dimension nationale. Jean Jaurés, Clémenceau et Millerand prirent la défense des mineurs. Le député Soulage démissionna. En 1893 Jean Jaurés est élu député et conseiller général de Carmaux. (il avait été battu à Castres en 1889) A partir de ces événements la ville fût appelé par les adversaire des socialistes «la ville sainte»

Le renvoi de deux délégués syndicaux, déclencha la grève de 1200 salariés (dont 50 enfants de moins de 16 ans) et écrira une nouvelle page de lutte dans la ville de Carmaux. C’est après le discours de Jaures à Carmaux le 5 août que les salariés votent la grève. Devant l’ampleur du mouvement, le patron, décide de fermer l’usine et de licencier l’ensemble des ouvriers. Avec l’aide de Jean Jaurés des journaux La Dépêche du Midi et de La petite République, une souscription est lancée; Un fabuleux élan de solidarité s’empare du pays tout entier. Des meetings réunissent plus de 6000 personnes, à la maison du peuple de Paris, et au Tivoli-Vaux-Hall.
Même les propriétaire de Carmaux qui logent des verriers diminuent le loyer de moitié. C’est Rochefort un pamphlétaire de l’époque et ancien communard, propriétaire de l’Intransigeant, qui lancera “ La verrerie aux verriers“. Des initiatives identiques commençaient à voir le jour à Toulon (menuisiers) et à Rive de Gier (verrerie). Carmaux vit un véritable état de siège pendant plusieurs mois, où arrestations, provocations, coup de revolver en pleine rue, emprisonnements se succèdent.

Mais rien n’apporte de solutions tangibles. Un don (100.000 francs or) d’une riche septuagénaire, Mme Dembour, va permettre de construire à Albi la Verrerie autogéré qui ouvrira ses portes en 1896. Elle sera de nouveau en grève en 1924 contre leur employeur...la CGT. Elle fût l’ancêtre des SCOP, et devint la VOA (Verrière ouvrière d’Albi) racheté par St Gobain en 1998.
Occupation et résistance Dès la défaite de 1940, Carmaux, par sa production charbonnière et sa population minière, est un enjeu important pour les occupants mais aussi pour la résistance intérieure.
La diversité de la population des mineurs, où prédominent les polonais (bassin minier Carmaux -Albi 3500 polonais) et les espagnoles ayant fuit le franquisme, va s’organiser à partir de 1942-1943 en Maquis; Les Polonais constituant un groupe MOI (main d’oeuvre immigrés), des maquis communistes (Veny) les maquis Baron, Lenoir, PI Teixidor, Antoine et Stalingrad, que dirigeait officieusement, mon grand père, Joseph Bousquet qui pendant les premières années avait comme couverture le garage de la rue Chamzy, qui servait de quartier général au lieutenant Louis Torcatis-Bouloc, instituteur communiste de Perpignan, chef de l’armée secrète du Languedoc Roussillon, en 1943 il devient chef d’Etat major des groupes francs (sorte de commandos ) de libération des régions R3 (5 départements, Carmaux ne faisait pas partie de la R3, c’est pour cette raison que le PC y fût implanté). Mon grand père Joseph Bousquet, qui était gaulliste, avait le grade de capitaine, et était son bras droit.

Si les maquis comportaient quelques fois plusieurs centaine d’hommes , les groupes francs ou corps francs,bras armés n’étaient que quelques dizaines de jeunes garçons (du moins avant la libération) Louis Torcatis, est dénoncé, et lâchement assasiné par des miliciens (Marty) le 18 mai 1944 aux portes de Carmaux. Le 21 mai 1944 un défilé accompagna sa dépouille où se pressait une foule “que jamais nous avions vu si nombreuse depuis Jaures“. Les dernières paroles de Louis Torcatis furent « c’est un traquenard, vengez moi, vive la france» . Dans les jours qui suivirent une recrudescence d’attentats eu lieu, et le chef de la Gestapo est tué en pleine rue. Carmaux sera la 1ère ville en France (Zone Sud) à se libérer par elle même par l’attaque conjointe de l’ensemble des forces des maquis et l’aide du commandant “Vania“, ainsi les 15-18 août 1944 et reçu à ce titre la Croix de guerre.
Quelques jours plus tard, une colonne de FFI, comportant des combattants russes, venant du débarquement de provence, et ayant participer à la Libération de Toulouse et d’Albi, va traverser et séjourner à Carmaux. Cette colonne avait a sa tête Apolonio de Carvalho, brésilien et grande figure de la résistance «héros de trois patries» comme l’avait surnommée l’écrivain Jorge Amado. En effet il avait été en 1935, officier révolutionnaire communiste sous la dictature de Getulio Vargas, puis combattant des brigades internationales, et soldat et résistant de l’armée de libération en France. Il avait la carte n°1 du Parti des travailleurs du Brésil. Carmaux l’a vu passer.
Mon grand père perdit son frère, gabriel Bousquet, qui servait de négociateur avec les allemands et qui lui sauva une fois la vie, alors que mon grand père allait au peloton d’éxécution. Dans les dernières semaines avant la libération Les allemands apprirent leur lien de fraternité, l’arrête, le torture et le brûle à moitié vivant dans un bois des alentours de Carmaux. En 1984 Pierre Bérogovoy, ministre des affaires sociales et de la solidarité, inaugura à Carmaux la plaque d’une rue Gabriel Bousquet. Joseph Bousquet, a été fait Chevalier de la légion d’honneur et reçu comme sa femme et sa fille, ma mère, née Josette Bousquet (à 17 ans une des plus jeune décorée de France), la croix de guerre et la médaille de la résistance, pour faits d’armes et appartenance au maquis et réseau de la résistance tarnaise. Mon grand père, homme dure et taiseux, qui m’éleva, ne voulut jamais plus parler de cette époque et a fuit Carmaux pour toujours.

Si ce récit prend une tournure un peu biographique, ce n’est pas pour faire croire que les gènes de la résistance se transmette, car je ne le crois nullement, c’est tout simplement pour relater des faits et dire que la famille Bousquet, pris dans son traumatisme d’après guerre et sa grande simplicité et modestie n’a jamais rien voulu écrire sur cette période , ni transmettre, au risque, ce qui fut fait, que d’autres écrive l’histoire. Ce sont, à ma connaissance, les premières lignes de ce récit. Mme Torcatis, veuve de Louis Torcatis, qui seconda son mari dans la résistance, fût une marraine extraordinaire. Militante communiste et maitresse femme elle organisa à Perpignan une coopérative de libraire et fonda la Librairie Torcatis de Perpignan. Tout cela pour dire que la mémoire d’un territoire, dans le respect de sa pluralité, sa diversité, des mémoires des habitants ne peu et ne doit être recouvert par un acte de simple communication politique au service d’un homme, même si celui-ci est président.
Carmaux vaut mieux que cela.
sources : Wikipédia, Le peuple français revue d'histoire, un catalan héros de la résistance “ Document écrit par Guy Torcatis,flls ainé et documents familiaux Bousquet /Berardi

