ESPE : après l’espoir...le désastre

Nous sommes étudiants et, pour la plupart d’entre nous, dans quelques mois, nous serons enseignants. Comme pour de nombreux acteurs du monde de l’éducation, en ce printemps 2013, c’est l’espoir et l’enthousiasme qui suivent les annonces du ministre Vincent Peillon : une formation initiale des enseignants, supprimée quelques années auparavant, va enfin être remise en place.
Un début incertain
C’est donc dans cet état d’esprit assez léger et plein de bonne volonté que nous pénétrons à la rentrée 2013 dans les nouvelles ESPE : Ecoles Supérieures du Professorat et de l’Education. Ces 4 lettres remplacent désormais celles que seuls quelques nostalgiques osent encore employer : IUFM. Nous sommes prêts à tout pardonner : ces écoles ayant été créées dans l’urgence la plus absolue, nous sommes disposés à comprendre que les emplois du temps changent une dizaine de fois chaque semaine, que les formateurs ne sachent pas bien eux-mêmes à qui et quoi ils enseignent, qu’une incohérence la plus absolue règne dans notre parcours de formation, etc. Passé le premier semestre, nous commençons tout-de-même à nous inquiéter : cette situation de chaos s’éternise de façon anormale. Et puis, petit à petit, l’un après l’autre, il faut bien nous rendre à l’évidence : la nouvelle formation n’est pas à la hauteur. Loin de là…

Ils sont fous, ces profs ! Ce sont alors de longues semaines, que nous passons à tenter d’alerter les responsables du master1 : nous avons le même objectif après tout – que nous (futurs enseignants) soyons bien formés –, ils finiront bien par nous entendre. Mais toujours, la direction, le rectorat, se comportent de manière étrange. Selon eux, la formation, après des débuts un peu difficiles, va atteindre son rythme de croisière et sillonner avec aisance sur les eaux bleutées d’une éducation innovante et dynamique2. Nous, depuis nos petites salles de classe, nous voyons le rafiot rafistolé couler, couler, couler… Nous voyons – du moins dans l’académie de Grenoble – des cours magistraux à n’en plus finir. Nous les voyons s’enchainer sans cohérence, sur des sujets divers et variés, mais pas sur notre cœur de métier : construire une séquence d’enseignement ! Nous voyons manque de moyens, direction incertaine et tourbillons administratifs. Inutile de s’étendre plus longuement : la situation a été décrite lors de nombreuses réunions3, dans de nombreux témoignages4, dans de nombreux courriers5, signés par un nombre immense d’étudiants. Une seule conclusion :
c’est un carnage. Un gâchis.
L’heure de la lutte
Mais nous sommes raisonnables, et nous nous interrogeons : peut-être sommes-nous trop exigeants, peut-être notre ressenti est-il exagéré ? Et puis, malheureusement, la suite nous donne raison. Des nouvelles arrivent d’un peu partout6 : de grands noms de l’éducation d’ESPE plus septentrionaux plus à l’Ouest10, ou encore d’autres stagiaires… Tous dénoncent le même gâchis. Non, nous ne sommes donc ni fous, ni aigris. Il y a bien un sérieux problème. Mais Education Nationale, rectorat, ESPE et universités se renvoient la balle : il n’y a pas de responsable.

